15.07.2008

Les Pipeaunautes - Le killer

Les pipeaunautes, portrait 2

Le killer

Le killer peut être une variante du mégalo, à la différence que le killer possède lui une réelle expérience en entreprise. Expérience plutôt réussie puisqu’il est ancien responsable de marché, de zone, de comptes clés, d’une cellule de marketing internationale. Durant ses heures de gloire, au dessus de lui il n’y avait que le PDG. Seulement un jour il a du arrêter, mais ça il ne vous dira jamais pourquoi ou alors inventera quelque chose sur son besoin d’  « équilibre personnel » la quarantaine venue. La vérité était qu’il s’est retrouvé sur la sellette du jour au lendemain remplacé par Igmar son collègue suédois progressiste et célibataire (lui ayant une femme et des gosses depuis quelques années). Fort heureusement un ancien collègue à lui, aujourd’hui prof de marketing lui fait savoir que l’école de province dans laquelle il officie recherche actuellement un prof de marketing ou encore de stratégie (matière fourre tout par excellence) voir de management (encore plus fourre tout). Grâce à son autorité devenue naturelle, il décroche le poste et une planque au chaud bien assurée, pour la rendre encore plus solide il passe en vitesse une thèse pour pouvoir par la suite se justifier d’une chaire de recherche (qui fera de lui un vrai planqué). Ancien haut responsable, il connaît les valeurs humaines, aussi il n’hésite pas à rendre un coup de main au président de l’école pour vendre celle-ci. Plus il la vend plus sa planque est assurée. Par ailleurs il donne quelques cours, ce qui ne lui déplaît pas car il adore parler de lui et comme les étudiants sont toujours avides de témoignages sur ses expériences vécues, il ne s’en prive pas. Tout y passe, sa vie, son œuvre, son mythe. Il donne même des conseils sur le bon usage de la corruption pour gagner un appel d’offre. On a même le droit à l’aperçu du fond d’écran de son portable à quinze mille balles (payé par l’école), fond d’écran qui représente sa « happy family » femme et gosses (jeunes parce qu’il les a eu tard, il ne se paye pas encore de crise d’ado à la maison). Le portrait triomphant du mec qui a réussi. Mais hors des murs de l’école qui le connaît ? Il n’est rien de plus qu’un type ordinaire avec ses problèmes d’ego et de cholestérol (à cause des dîners d’affaire destinés à vendre le concept de l’école en Arabie Saoudite). Hors de la sphère régionale de la CCI , personne ne le connaît, il n’est qu’une ancienne gloire, une vieille cantatrice qui a perdu ses rêves et sa beauté. Ses collègues d’HEC se foutent de sa gueule, parce que eux aussi étaient d’ancien DG mais eux ont réussi à se planquer à HEC, crème de la crème (cela dit hors de France personne ne connaît cette école) et pas lui. Il lui reste donc à essaimer ses jours heureux, parfois même en grossissant le propos à ses petits étudiants naïfs et crédules qui voient en lui l’incarnation de leurs rêves. C’est toujours cela qui reste.

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