15.07.2008
Les Pipeaunautes - l'artiste raté
L’artiste raté
Il est un profile dans les ESC qui ne disparaîtra jamais : celui de l’artiste raté. Ancien gamin chamailleur ou non, il a fait des études pour plaire à papa maman. Des études sérieuses et donc chiantes par définition : comptable, avocat, juriste, commissaire aux comptes. Il a toujours été incapable de se révolter face à ses parents et aussi parce que c’est quand même plus confortable de faire des études certes chiantes mais en étant à côté entretenu par ses parents que de vivre la vie de bohème et de crever de faim. Cela dit pour lui c’est clair dans sa tête depuis longtemps : c’est un artiste, un vrai, l’âme tourmenté en moins. Lui ce qu’il souhaite depuis qu’il a arrêté de mouiller ses couches c’est d’être acteur/musicien/artiste peintre. Comme il obtient consciencieusement ses examens du premier coup parfois même avec mention ses parents lui payent même des cours de comédie ou de dessin. Il joue dans une troupe amateur ou expose ses croûtes prétentieuses à la MJC ou dans une ancienne église merdeuse transformée en centre culturel. Puis il décroche un job, dans lequel il s’emmerde 90% du temps mais dont le salaire bien plaisant lui permet d’assouvir sa passion durant ses heures perdues. Plus il vieillit plus sa frustration grandit. Il essaye de se faire connaître dans le milieu local de l’art, noue quelques relations pour lesquelles il voue une grande admiration. Car pour lui, même un acteur minable subsistant grâce aux subventions régionales qui l’aident à monter ses mises en scènes crétines que personne ne va voir, est un génie, car il a su osé là où n’a jamais pu faire de même. Il pourrait très bien faire un virage à 180 degrés et tout plaquer du jour au lendemain pour assouvir son rêve, mais son problème c’est qu’étant suiveur par nature il est déjà marié et a des gosses à nourrir. Il vit alors par procuration, pas question pour lui de vie de bohème à Paris entre le cours Florent et les castings. Cependant pour certains de ces fantasmeurs le miracle peut s’accomplir grâce à une voie parallèle, en effet les écoles de commerce, par souci d’un soi-disant besoin d’ouverture d’esprit (alors que plus des 2/3 de leurs étudiants sont issus du même moule prépa) sont avides de cours/électifs de culture générale (et aussi parce que 99% de leurs étudiants n’ouvrent pas un bouquin durant leur trois ans de scolarité) histoire que leur grande machine ne soit pas une totale usine à incultes. On voit donc fleurir des cours de « théâtre managérial », « écriture créative », « stratégie militaire », « pensée de l’antiquité gréco-latine », « philosophie des organisations ». Pour les plus malins de nos doux rêveurs, ce genre d’opportunité est la chance de leur vie pour vivre en live leur rêve de toujours. En effet certains d’entre eux, par leurs compétences reconnues en comptabilité et grâce à leur réseau, ont réussi à obtenir des vacations dans les écoles de commerce pour des cours de niveau élémentaires. Ayant déjà un pied dans l’institution, ils peuvent se proposer pour donner des cours de culture générale à prix réduit. Les gestionnaires de l’école ne disent pas non car leur budget pour l’année est déjà bien entamé à cause des buffets campagnards que donnent les profs mégalos pour soi-disant faire connaître leurs travaux de recherche (si recherche il y a).
Enfin pour eux le rêve se réalise, à défaut d’être sur le feu des planches ils pourront jouer les maîtres dans l’art de la comédie. Ils en profiteront même pour inviter en tant qu’intervenants leurs amis artistes régionaux. Dès lors on peut voir dans les ESC des groupes de mômes en train de se rouler par terre afin d’exprimer « l’animal qui est en eux » ou de crier pour exprimer leur « moi intérieur ». Si leurs parents qui raquent plus de 7000 euros par an savaient ça…
20:27 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Ecrire un commentaire