15.07.2008
L'élite de la nation ion ion ion !
Ami lecteur, si tu m'as suivi durant tout ce temps (ya vraiment des gens qui s'ennuient quand même), dans ta grande perspicacité (non, non n'en doute pas), tu as dû remarquer : 1) mon goût pour la critique, 2) mon obsession pour cette soi-disant élite à la française, 3) le plaisir que j'ai à critiquer la soi-disant élite française.
Mais comment j'en suis arrivée là ? Pourquoi tant de haine ? Pourquoi à ce moment là avoir fait une ESC ? C'est simple, je n'arrive pas à les éviter, mon grand défaut de toujours étant le fait d'être une fille de paysan qui aimait lire, j'ai été orientée à faire les mêmes études qu'eux, à les fréquenter, pour finalement en faire un sujet d'observation. Je te rassure, je connais aussi des gens très biens venant de tous milieux, d'ailleurs c'est bien pour ça que ce sont mes amis. Mais je ne suis pas ici pour critiquer mes amis (je ne suis pas une balance comme toutes ces petites bourgeoises de mes deux).
Or parmi les bourgeois, il n'y a pas que des incultes, non il y a aussi de vrais forts en thème, n'en doutons pas, même si dans leur grande majorité, ils n'auront jamais à en chier autant que le fils d'ouvrier qui aime lire pour accéder aux études supérieures et aux postes qui vont avec. Mais que veulent devenir ces forts en thèmes ? Mais réfléchis coco ! Quel est le statut le plus planqué, le plus valorisant, le moins fatiguant, le plus dédouanant de vos mauvais penchants/cotés en France ? Quelle est une des professions les plus estimées en France ?
Mais oui ! Enseignant-chercheur-prof de fac !
La plupart d'entre eux, valeureux postulants, ne se sont jamais interrogés sur leur motivation à être enseignant ou encore à avoir le goût de la transmission, juste ils savent un truc, faut faire ça, parce que là au moins ils pensent qu'ils seront reconnus à leur juste valeur. De toute façon c'est leur seul débouché à l'issue de leur bac + 10 de Tanguy gâté, ah non jamais ils ne s'abaisseront à travailler "en entreprise", c'est trop salissant, pas assez valorisant et puis "c'est que du fric" (d'autant plus facile de considérer que l'argent est sale et qu'il pue quand soi-même on en a jamais manqué et que l'on a pas honte de mendier auprès de ses parents).
Tu penses peut-être que j'invente ! Eh malheureusement non! Des personnes comme ça, j'en connais un paquet, en général ils me regardent comme une martienne quand ils apprennent que je suis plus jeune qu'eux et que je bosse. Dur de partager avec eux mes blagues de bureau échangées sous Outlook. Pas évident non plus de causer convention collective et clause abusive. J'ai des exemples vivants qui d'un côté plantent leur CAPES 5 années de suite, passent l'Agreg parce que c'est soi-disant "prestigieux" (là encore toute proportion gardée parce que c'est vraiment un titre franco-français voué à la mort) et se retrouvent catapulté à l'autre bout de la France , loin de leur 5ieme natal et finissent en dépression sévère, voir explosent leur hystérie. Encore un autre qui traîne sa thèse de poste d'ATER en poste d'ATER et qui en 5 ans n'a toujours pas écrit une ligne, mais qui trouve encore le moyen de couiner parce que bon hein, 6 heures de cours à donner par semaine c'est encore trop (sur deux jours) et ça ne lui laisse pas assez de temps pour ses "recherches" (et dieu sait qu'ils se déchirent entre eux ces gugusse pour ces postes d'ATER). D'autres encore se découvrent une vocation de bibliothécaire après plantage à l'agrég ou lassitude après la 3ieme année de thèse.
Mais bon, là encore n'est pas le problème, le malaise et la colère que j'éprouve en leur présence (même si un soir j'ai appris que dixit "école d'ingénieur était des études de merde qui menaient à des boulots de merde" apparemment la merde n'a plus d'odeur quand transformée en impôts elle finance nos glorieuses fabriques à cretins de ce genre fac).
Non, non, non, ça n'est pas encore les entendre geindre et raconter leur psychanalyse à 50 euros la séance (question de calcul : combien de séances faites vous : avec un RMI ? Avec un SMIC?) qui m'horripile le plus.
Non ce qui est phénoménal, c'est leur hypocrisie, ils ne veulent pas s'abaisser au monde de l'entreprise, se disent littéralement "passionnés" par leur discipline (en même temps, quand on lit leur sujet de thèse, parfois on se pose des questions quant à leur prétendue passion, qui soudainement prend un tour chiantissime) mais réduisent celle-ci à l'ambition frileuse et médiocre d'un poste de on-sait-pas-quoi planqué on-ne-sait-où. Et ils sont 10 000 chaque année comme ça, à s'inscrire en thèse, à vouloir être "chercheur". A combler leur narcissisme de petit singe savant des beaux quartiers. Combien de vrais talents, de génies, de pur intelligence dans ce nombre? Très peu, car le talent est rare, certes, mais aussi parce que la passion et ses acteurs ne doivent jamais s'abaisser au mercantilisme.
Je pense que lorsque l'on aime sincèrement les lettres ou les arts, on ne souhaite pas le réduire à l'état alimentaire, à l'état même de travail. Ici la culture et les recherches sont à proprement parlé utilisés comme un objet social, un faire-valoir qui légitime la place du bourgeois (le savoir dédouanant la non légitimité de la possession matérielle, "on est riche et en plus on a le savoir, vous voyez, on mérite" comme il comble la culpabilité de celui qui possède matériellement). Ici le savoir est réifié et matérialisé (il n'y a qu'à voir leur obsession pour les colloques et les publications ainsi que les post doc et autres bourses d'étude), il doit être utile au ventre et au statut social de son possesseur.
Ça m'a toujours rendue triste.
Je rêve d'un vieux maître dans sa cabane qui veut juste transmettre au plus juste, au passionné modeste qui sait chérir son amour des belles choses pour ses instants privilégiés, à l'autodidacte pour lequel le savoir l'enrichi dans son plaisir pour "ces autres choses".
N'oubliez pas, Vermeer était aubergiste, Spinoza polisseur de verre, Céline médecin, Bazin vendeur de chaussettes, Stendhal fonctionnaire-diplomate, Fontane pharmacien, Rimbaud trafiquant d'armes....
20:59 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



Commentaires
Je t'ai trouvée ! Et que fais-tu/dis-tu des parvenues (ou presque) comme moi ?
A bientôt dans ton nouveau logis !
konamav en mode "payée à rien faire"
Ecrit par : konamav | 18.07.2008
Non konam tu n'es pas une parvenue car tu n'as pas :
_couché
_Léché
_Menti
_Trahi
_Menacé etc.
pour en arrivé là où tu es, tu as juste choisi la voie de l'effort et ceciest louable, les cas que j'expose sont vraiment exaspérants. La preuve, si tu avais été comme eux tu ne serais jamais devenue mon amie et/ou je t'aurais déjà collé un cocard.
Ecrit par : aspho | 18.07.2008
Certes, mais j'ai souvent la mauvaise impression que je n'appartiens pas au monde dans lequel je vis. J'ai le sentiment de parfois m'effacer au profit d'une personnalité qui n'est pas la mienne. Le conseil, c'est surtout une question d'apparences, chose à laquelle je suis complètement vaccinée après 2 années de prépa et 3 d'ESC. Mais qui me donne beaucoup de fil à retordre. You know what I mean.
Bref, tu es fidèle à toi même et c'est ce qui m'a séduit chez toi dès que je t'ai rencontrée.
Ecrit par : konamav | 19.07.2008
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