28.08.2008

Chômage technique

Ce blog semble être en veille mais tout ceci est bien involontaire de ma part. Cette inactivité temporaire vient du fait que j'ai récemment déménagé dans un nouvel appartement où je n'ai pas encore le net, ajoutons à cela que mon pc portable de 5 ans d'âge est en train de rendre l'âme petit à petit.

Je vous rassure l'envie d'écrire ne me quitte point, c'est la logistique qui ne suit pas.

J'ai plein d'autres idées de post en tête, suffit juste de les écrires quand les formalités parasites liées au déménagement et à l'existence en général seront terminées.

D'ici là bonne fin de vacances pour ceux (sales privilégiés) qui ont eu la chance d'en avoir cette année.

28.07.2008

Obéir à ses désirs

Dernièrement, j’ai eu une conversation houleuse avec des amis de mon conjoint sur le devenir d’une de nos connaissances communes, durant laquelle, je mettais en doute le bien fondé de ses choix, lesquels selon moi ne partaient pas d’une intention sentimentale incluant le vrai et doux amour mais plutôt d’ordre matériel. Ces décisions, pouvant selon moi impliquer à tort, ou de manière mensongère, des personnes proches.

Je me suis faite vivement reprendre, par un de ses amis de longue date, qui retournant la situation, la faisait passer comme victime plus qu’actrice de la situation. La dispute s’étant conclue par : « tant qu’elle réponds à ses désirs avec enthousiasme, elle n’aura jamais de soucis ».

Pour moi, cet argument ne tient pas la route, obéir strictement, sa vie durant, aux impulsions dictées par ses désirs ne peut mener au bonheur. Ou bien peut-être à un plaisir narcissique et égoïste de courte durée, le comblement d’un désir aboutissant sur un autre.

Le désir, n’est que trop rarement dicté par la raison mais plutôt par des fantasmes, des idées plus ou moins factices, voir un conditionnement pur et simple. On ne peut donc se baser là-dessus dans notre quête du bonheur, qui selon moi tient plus à des hasards, des instants de félicitée, de satisfaction du devoir ou but accompli.

Nous sommes dans une société égoïste et individualiste où l’on parle de plus en plus de « développement personnel », notion nouvellement entrée dans les esprits, chacun l’évaluant selon ses propres fantasmes de réussite personnelle. Réussite qui peut se traduire par l’acquisition de biens (immobiliers, de consommation, etc.), d’une position sociale (devenir parent, dirigeant, élu etc.) ou d’une reconnaissance factice et/ou éphémère (réussite à des concours, obtention d’un titre, d’un poste etc.). Réussite venant combler le petit narcissisme ordinaire de chacun, cette petite chose qui souhaite voracement que tout le monde nous aime et nous considère, petite chose résultant parfois de notre enfance, de la manière dont nos parents ont posés les yeux sur nous ou encore de la manière dont on a pu vivre nos relations avec les autres.

Ce désir est donc dicté, conditionné, en fonction de nos parents, de nos grands parents, de nos ancêtres mais aussi de la société dans laquelle nous évoluons, à la manière dont nous la percevons, dont nous savons la décrypter ou encore la critiquer. Peu de personnes sont aptes à prendre autant de recul, ni même en mesure de commencer la moindre remise en cause ou bien fondé de ces « désirs ».

On ne peut donc indexer son bonheur sur des bases aussi peu solides, sur cette simple perception.

Le désir, dans son sens propre, ne peut s’accommoder de la raison et de la notion d’engagement. Nous avons derrière nous de nombreuses années durant lesquelles, il fut mis en avant que la félicité pouvait s’obtenir à la réponse des commandements de son cœur, de ses élans, voir de ses instincts. Cette position, venant à l’encontre du devoir dicté par la morale, de l’engagement ou encore de la fidélité. Comme simple exemple, prenez toute cette palanquée de romans, prônant l’amour passionnel, vécu hors du mariage, dans l’adultère, loin de la morale religieuse ou sociétale. Ces histoires, racontant l’homme qui réussi grâce au comblement de ses désirs, de sa soif de pouvoir, de la passion qu’il peut éprouver.

Cette idée a fini par détruire l’ordre moral et sociétal pour aboutir à une société de soi-disant hédonistes dans les paroles mais de puissants névrosés dans les faits.

Je les vois autour de moi, ces exemples de personnes malades de leurs désirs, dictés par ce qui leur semble le « bon », le « beau », le « confortable » mais surtout l’aboutissement de leur personne : « si je ne le fais pas maintenant, je le regretterai toute ma vie » entend-t-on si souvent. Mais pourtant, ce que je constate, ce sont des gens courant après un statut social, un titre inatteignable, un idéal dicté de toute pièce, pourvu que cela réponde à leur conditionnement de départ,conditionnement qu’ils pensent en fait « désiré » de toutes pièces par leur être.

Voici donc untel qui rate l’agrégation, trois fois d’affilé, ou encore cet autre qui l’obtient avec succès mais se retrouve à enseigner dans la mélancolie et la dépression au fin fond de la France , parce que obnubilé par cet objet de désir en avait oublié la fonction première : permettre de devenir enseignant du secondaire.

Ou encore cet autre, accumulant les reconnaissances prestigieuses mais incapable de se lancer dans la vie et ses difficiles mais enrichissantes préoccupations.

On aurait du apprendre à ces personnes que le bonheur ne résulte ni ne résultera jamais en l’accumulation, ni au titre suprême du singe le plus savant de nos beaux quartiers.

Je ne dis pas que je n’ai jamais répondu à ce schéma, mais j’ai appris à essayer du moins d’interroger mes désirs, au lieu de foncer dedans la tête baissée.

Je crois en la légitimité de l’engagement, à la sublimation des frustrations, beaucoup plus belle et créatrice à mon sens que son comblement pur et simple. J’admire la modestie, la critique raisonnable et raisonnée, la justesse et l’acceptation entière et globale de ce que nous offre la vie. Ne pourrions-nous pas essayer de cultiver juste simplement ce que nous possédons déjà au lieu d’obéir égoïstement et de manière infantile à nos désirs.

Je dois sûrement être juste une simple bête femme de devoir, un mouton selon d’autres, une pauvre « réac’ » abrutie par ses valeurs. Mais ne serait-ce pas cela aujourd’hui, la vraie intelligence ? Ou encore la source de notre joie ? Je vous retourne la question et vous laisse la parole…

15.07.2008

L'élite de la nation ion ion ion !

Ami lecteur, si tu m'as suivi durant tout ce temps (ya vraiment des gens qui s'ennuient quand même), dans ta grande perspicacité (non, non n'en doute pas), tu as dû remarquer : 1) mon goût pour la critique, 2) mon obsession pour cette soi-disant élite à la française, 3) le plaisir que j'ai à critiquer la soi-disant élite française.

Mais comment j'en suis arrivée là ? Pourquoi tant de haine ? Pourquoi à ce moment là avoir fait une ESC ? C'est simple, je n'arrive pas à les éviter, mon grand défaut de toujours étant le fait d'être une fille de paysan qui aimait lire, j'ai été orientée à faire les mêmes études qu'eux, à les fréquenter, pour finalement en faire un sujet d'observation. Je te rassure, je connais aussi des gens très biens venant de tous milieux, d'ailleurs c'est bien pour ça que ce sont mes amis. Mais je ne suis pas ici pour critiquer mes amis (je ne suis pas une balance comme toutes ces petites bourgeoises de mes deux).

Or parmi les bourgeois, il n'y a pas que des incultes, non il y a aussi de vrais forts en thème, n'en doutons pas, même si dans leur grande majorité, ils n'auront jamais à en chier autant que le fils d'ouvrier qui aime lire pour accéder aux études supérieures et aux postes qui vont avec. Mais que veulent devenir ces forts en thèmes ? Mais réfléchis coco ! Quel est le statut le plus planqué, le plus valorisant, le moins fatiguant, le plus dédouanant de vos mauvais penchants/cotés en France ? Quelle est une des professions les plus estimées en France ?

Mais oui ! Enseignant-chercheur-prof de fac !

La plupart d'entre eux, valeureux postulants, ne se sont jamais interrogés sur leur motivation à être enseignant ou encore à avoir le goût de la transmission, juste ils savent un truc, faut faire ça, parce que là au moins ils pensent qu'ils seront reconnus à leur juste valeur. De toute façon c'est leur seul débouché à l'issue de leur bac + 10 de Tanguy gâté, ah non jamais ils ne s'abaisseront à travailler "en entreprise", c'est trop salissant, pas assez valorisant et puis "c'est que du fric" (d'autant plus facile de considérer que l'argent est sale et qu'il pue quand soi-même on en a jamais manqué et que l'on a pas honte de mendier auprès de ses parents).

Tu penses peut-être que j'invente ! Eh malheureusement non! Des personnes comme ça, j'en connais un paquet, en général ils me regardent comme une martienne quand ils apprennent que je suis plus jeune qu'eux et que je bosse. Dur de partager avec eux mes blagues de bureau échangées sous Outlook. Pas évident non plus de causer convention collective et clause abusive. J'ai des exemples vivants qui d'un côté plantent leur CAPES 5 années de suite, passent l'Agreg parce que c'est soi-disant "prestigieux" (là encore toute proportion gardée parce que c'est vraiment un titre franco-français voué à la mort) et se retrouvent catapulté à l'autre bout de la France , loin de leur 5ieme natal et finissent en dépression sévère, voir explosent leur hystérie. Encore un autre qui traîne sa thèse de poste d'ATER en poste d'ATER et qui en 5 ans n'a toujours pas écrit une ligne, mais qui trouve encore le moyen de couiner parce que bon hein, 6 heures de cours à donner par semaine c'est encore trop (sur deux jours) et ça ne lui laisse pas assez de temps pour ses "recherches" (et dieu sait qu'ils se déchirent entre eux ces gugusse pour ces postes d'ATER). D'autres encore se découvrent une vocation de bibliothécaire après plantage à l'agrég ou lassitude après la 3ieme année de thèse.

Mais bon, là encore n'est pas le problème, le malaise et la colère que j'éprouve en leur présence (même si un soir j'ai appris que dixit "école d'ingénieur était des études de merde qui menaient à des boulots de merde" apparemment la merde n'a plus d'odeur quand transformée en impôts elle finance nos glorieuses fabriques à cretins de ce genre fac).

Non, non, non, ça n'est pas encore les entendre geindre et raconter leur psychanalyse à 50 euros la séance (question de calcul : combien de séances faites vous : avec un RMI ? Avec un SMIC?) qui m'horripile le plus.

Non ce qui est phénoménal, c'est leur hypocrisie, ils ne veulent pas s'abaisser au monde de l'entreprise, se disent littéralement "passionnés" par leur discipline (en même temps, quand on lit leur sujet de thèse, parfois on se pose des questions quant à leur prétendue passion, qui soudainement prend un tour chiantissime) mais réduisent celle-ci à l'ambition frileuse et médiocre d'un poste de on-sait-pas-quoi planqué on-ne-sait-où. Et ils sont 10 000 chaque année comme ça, à s'inscrire en thèse, à vouloir être "chercheur". A combler leur narcissisme de petit singe savant des beaux quartiers. Combien de vrais talents, de génies, de pur intelligence dans ce nombre? Très peu, car le talent est rare, certes, mais aussi parce que la passion et ses acteurs ne doivent jamais s'abaisser au mercantilisme.

Je pense que lorsque l'on aime sincèrement les lettres ou les arts, on ne souhaite pas le réduire à l'état alimentaire, à l'état même de travail. Ici la culture et les recherches sont à proprement parlé utilisés comme un objet social, un faire-valoir qui légitime la place du bourgeois (le savoir dédouanant la non légitimité de la possession matérielle, "on est riche et en plus on a le savoir, vous voyez, on mérite" comme il comble la culpabilité de celui qui possède matériellement). Ici le savoir est réifié et matérialisé (il n'y a qu'à voir leur obsession pour les colloques et les publications ainsi que les post doc et autres bourses d'étude), il doit être utile au ventre et au statut social de son possesseur.

Ça m'a toujours rendue triste.

Je rêve d'un vieux maître dans sa cabane qui veut juste transmettre au plus juste, au passionné modeste qui sait chérir son amour des belles choses pour ses instants privilégiés, à l'autodidacte pour lequel le savoir l'enrichi dans son plaisir pour "ces autres choses".

N'oubliez pas, Vermeer était aubergiste, Spinoza polisseur de verre, Céline médecin, Bazin vendeur de chaussettes, Stendhal fonctionnaire-diplomate, Fontane pharmacien, Rimbaud trafiquant d'armes....