17.07.2011
Fossile et vide grenier
Qu'il est étrange de retrouver une vieille chose à laquelle on a beaucoup tenu autrefois dans le recoin de son vieux grenier. Quand j'étais gosse, cela donnait une deuxième vie à mes vieux joujoux, j'avais l'impression d'en avoir de nouveaux à chaque fois que mon frère et moi (à l'époque je n'avais qu'un frère) nous réussissions à convaincre mon père de mettre son échelle dans la trappe nous conduisant à cette caverne à trésors et à cachettes secrètes si mal éclairée. Depuis, le lieu a été vidé de nombre ses trésors, ceux-ci doivent à présent peupler une déchetterie, seule demeure une irréductible colonie de souris.
J'éprouve à présent un sentiment proche de la douce joie de retrouver un vieux nounours poussiéreux dans un carton en ayant relu cet après-midi mes deux blogs tenus durant ma vie d'étudiante. Et je m'étonne de mon espèce de clairevoyance de l'époque et de mes goûts affirmés. Je savais ce que je ne voulais pas faire et malgré tout, je l'ai fait. Quelle est donc cette force qui me pousse toujours à faire ce que je ne désire pas ? Un excès de raisonnabilité, un manque de confiance en soi, d'opportunités aussi, ou peut-être parce que malgré tout, la vie c'est toujours un peu ça : un job chiant qui vous donne du fric qui vous permet une relative liberté. Paradoxalement, ça me donne un peu confiance en moi de relire mes articles d'énervée chronique, parce qu'ils n'étaient pas si mal et que j'ai même réussi à rire à quelques saillies bien senties. Je suis mon propre humoriste privée.
Plus drôle et étonnant encore, j'ai retrouvé en fouillant dans mes vieux papiers, un cahier rempli de ma prose, vieux de dix ans, que j'avais complètement oublié. Là aussi, j'ai ri de mes propres mots d'esprits, mais de la manière où j'aurai ri d'un sketch de Florence Foresti. Et là, j'ai franchement eu peur aussi; aurai-je à ce point si peu changé? Manquerai-je de maturité? Où alors j'étais peut-être très mûre à 19 ans? Peut-être vaut mieux t il cela que d'être une vieille conne avec la vie qui va avec.
Car oui, toujours pas de sainte trinité CDI-mari-gosse en vue, je fais partie des 58% d'esseulés parisiens et je vais d'un job à un autre donnant à un mon cv le titre de dilettante professionnelle. Je n'arrive pas à prendre le bureau-moquette-néons au sérieux. Je me désespère toujours autant de voir à quel point mes collègues sont aussi peu "habités" par quelque chose de personnel qui leur tiendrai à coeur. Que Marc Levy constitue leur seul horizon culturel, les rares moment où elles s'y consacrent (je travaille avec des bonnes femmes dans mon contrat actuel *soupir*), préférant pour la plupart se concentrer sur des choses qu'elles jugent plus vraies comme les couches-culotte, la bouffe de leur mari (ah mais toi tu peux lire, tu n'as pas de mari à t'occuper ! Ah bon, il est manchot ton époux?) ou les visites aux beaux-parents (toujours détestables mais bon hein...ils ne sont pas dépourvus d'avantages, comme leur résidence secondaire à l'île aux moines où l'on va passer 3 semaines en août avec "la petite".).
Forcément, je suis un peu l'alien du coin et l'on ne sollicite jamais ma présence lors d'une scéance d'admiration collective de la photo du dernier rescapé des méthodes contraceptives, qui, est forcément "magnifique" et "unique"(même si j'ai du mal à y décéler un futur petit Mozart, déjà suffit de voir les parents...). Mais le rêve de toute femme doit-il se résumer à un mariage dans une robe en polyester véritable dans une salle de fête de banlieue chèrement louée? Aboutissant à une vie tournée vers les chemises d'un mari, les couches de sa progéniture : de la blanchisserie en quelque sorte. Les rêves ne sont pas bleus, ils sont blancs. Dire que dans certaines cultures, c'est la couleur du deuil. Je reste dubitative.
Bon, je m'étale sans ménagement ici, mais la chose essentielle, et vraiment chouette, c'est que depuis près de deux mois, j'ai retrouvé le goût d'écrire. De tout, de rien, des histoires inventées, des billets d'humeur et autres choses. J'ai vraiment l'impression que c'est ce qui me reste quand je trouve que je n'ai décidément pas grand chose. Transformer sa frustration en quelque chose d'écrit, imaginer l'histoire d'amour qu'on a jamais eue, se rêver la capaciter d'arrêter le temps, de pouvoir se dédoubler et s'observer. Ecrire l'histoire qu'on aimerai bien lire et la trouver suffisament chouette pour la faire lire aux autres. Avoir tellement tout posé sur une feuille de son traitement de texte, tout ce qui formait une boule de cuir dans la gorge et s'en sentir vidé et libéré. Voilà une satisfaction unique, c'est bien con et dommage que les ceusses occupés à leur blanchisserie ne puisse connaître ça. Mais en même temps hein, c'est leur vie, pas la mienne.
De toute façon mon mari sera forcément un type formidable et mes gosses au dessus du lot...Bon reste à le trouver/les faire... En attendant, je sarcasme, je sarcasme...
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28.08.2008
Chômage technique
Ce blog semble être en veille mais tout ceci est bien involontaire de ma part. Cette inactivité temporaire vient du fait que j'ai récemment déménagé dans un nouvel appartement où je n'ai pas encore le net, ajoutons à cela que mon pc portable de 5 ans d'âge est en train de rendre l'âme petit à petit.
Je vous rassure l'envie d'écrire ne me quitte point, c'est la logistique qui ne suit pas.
J'ai plein d'autres idées de post en tête, suffit juste de les écrires quand les formalités parasites liées au déménagement et à l'existence en général seront terminées.
D'ici là bonne fin de vacances pour ceux (sales privilégiés) qui ont eu la chance d'en avoir cette année.
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28.07.2008
Obéir à ses désirs
Dernièrement, j’ai eu une conversation houleuse avec des amis de mon conjoint sur le devenir d’une de nos connaissances communes, durant laquelle, je mettais en doute le bien fondé de ses choix, lesquels selon moi ne partaient pas d’une intention sentimentale incluant le vrai et doux amour mais plutôt d’ordre matériel. Ces décisions, pouvant selon moi impliquer à tort, ou de manière mensongère, des personnes proches.
Je me suis faite vivement reprendre, par un de ses amis de longue date, qui retournant la situation, la faisait passer comme victime plus qu’actrice de la situation. La dispute s’étant conclue par : « tant qu’elle réponds à ses désirs avec enthousiasme, elle n’aura jamais de soucis ».
Pour moi, cet argument ne tient pas la route, obéir strictement, sa vie durant, aux impulsions dictées par ses désirs ne peut mener au bonheur. Ou bien peut-être à un plaisir narcissique et égoïste de courte durée, le comblement d’un désir aboutissant sur un autre.
Le désir, n’est que trop rarement dicté par la raison mais plutôt par des fantasmes, des idées plus ou moins factices, voir un conditionnement pur et simple. On ne peut donc se baser là-dessus dans notre quête du bonheur, qui selon moi tient plus à des hasards, des instants de félicitée, de satisfaction du devoir ou but accompli.
Nous sommes dans une société égoïste et individualiste où l’on parle de plus en plus de « développement personnel », notion nouvellement entrée dans les esprits, chacun l’évaluant selon ses propres fantasmes de réussite personnelle. Réussite qui peut se traduire par l’acquisition de biens (immobiliers, de consommation, etc.), d’une position sociale (devenir parent, dirigeant, élu etc.) ou d’une reconnaissance factice et/ou éphémère (réussite à des concours, obtention d’un titre, d’un poste etc.). Réussite venant combler le petit narcissisme ordinaire de chacun, cette petite chose qui souhaite voracement que tout le monde nous aime et nous considère, petite chose résultant parfois de notre enfance, de la manière dont nos parents ont posés les yeux sur nous ou encore de la manière dont on a pu vivre nos relations avec les autres.
Ce désir est donc dicté, conditionné, en fonction de nos parents, de nos grands parents, de nos ancêtres mais aussi de la société dans laquelle nous évoluons, à la manière dont nous la percevons, dont nous savons la décrypter ou encore la critiquer. Peu de personnes sont aptes à prendre autant de recul, ni même en mesure de commencer la moindre remise en cause ou bien fondé de ces « désirs ».
On ne peut donc indexer son bonheur sur des bases aussi peu solides, sur cette simple perception.
Le désir, dans son sens propre, ne peut s’accommoder de la raison et de la notion d’engagement. Nous avons derrière nous de nombreuses années durant lesquelles, il fut mis en avant que la félicité pouvait s’obtenir à la réponse des commandements de son cœur, de ses élans, voir de ses instincts. Cette position, venant à l’encontre du devoir dicté par la morale, de l’engagement ou encore de la fidélité. Comme simple exemple, prenez toute cette palanquée de romans, prônant l’amour passionnel, vécu hors du mariage, dans l’adultère, loin de la morale religieuse ou sociétale. Ces histoires, racontant l’homme qui réussi grâce au comblement de ses désirs, de sa soif de pouvoir, de la passion qu’il peut éprouver.
Cette idée a fini par détruire l’ordre moral et sociétal pour aboutir à une société de soi-disant hédonistes dans les paroles mais de puissants névrosés dans les faits.
Je les vois autour de moi, ces exemples de personnes malades de leurs désirs, dictés par ce qui leur semble le « bon », le « beau », le « confortable » mais surtout l’aboutissement de leur personne : « si je ne le fais pas maintenant, je le regretterai toute ma vie » entend-t-on si souvent. Mais pourtant, ce que je constate, ce sont des gens courant après un statut social, un titre inatteignable, un idéal dicté de toute pièce, pourvu que cela réponde à leur conditionnement de départ,conditionnement qu’ils pensent en fait « désiré » de toutes pièces par leur être.
Voici donc untel qui rate l’agrégation, trois fois d’affilé, ou encore cet autre qui l’obtient avec succès mais se retrouve à enseigner dans la mélancolie et la dépression au fin fond de la France , parce que obnubilé par cet objet de désir en avait oublié la fonction première : permettre de devenir enseignant du secondaire.
Ou encore cet autre, accumulant les reconnaissances prestigieuses mais incapable de se lancer dans la vie et ses difficiles mais enrichissantes préoccupations.
On aurait du apprendre à ces personnes que le bonheur ne résulte ni ne résultera jamais en l’accumulation, ni au titre suprême du singe le plus savant de nos beaux quartiers.
Je ne dis pas que je n’ai jamais répondu à ce schéma, mais j’ai appris à essayer du moins d’interroger mes désirs, au lieu de foncer dedans la tête baissée.
Je crois en la légitimité de l’engagement, à la sublimation des frustrations, beaucoup plus belle et créatrice à mon sens que son comblement pur et simple. J’admire la modestie, la critique raisonnable et raisonnée, la justesse et l’acceptation entière et globale de ce que nous offre la vie. Ne pourrions-nous pas essayer de cultiver juste simplement ce que nous possédons déjà au lieu d’obéir égoïstement et de manière infantile à nos désirs.
Je dois sûrement être juste une simple bête femme de devoir, un mouton selon d’autres, une pauvre « réac’ » abrutie par ses valeurs. Mais ne serait-ce pas cela aujourd’hui, la vraie intelligence ? Ou encore la source de notre joie ? Je vous retourne la question et vous laisse la parole…
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